La gestion différenciée

Pour les propriétés de taille relativement grande, voire très grande (à partir de 1500 m²), nous proposons la technique de la "gestion différenciée" dans les jardins et les parcs. Nous sommes aussi compétents en conseil pour l'entretien d'ENS (Espaces Naturels Sensibles) et ZNP (Zones Naturelles Protégées).

Le premier point à saisir dans une gestion différenciée est le besoin de faire des économies. En effet, cette gestion peut s'effectuer avec peu de moyens techniques et logistiques. Il faut cependant beaucoup d'observation et une présence assidue sur le terrain, pour arriver à un bon équilibre pour des interventions minimum. Attention : il ne faut pas confondre avec une "gestion régénération" dont le but est la production ; ici, on met en place un "plan de gestion" pour assurer une sélection de ce qui est spontané et propre à un lieu.

Parc de la maison bourgeoise d'Aulnay, en gestion différenciée (Châtenay-Malabry)

Cette nouvelle approche permet de créer une diversité d'habitats en conservant l'équilibre de la faune et de la flore. Ainsi, les supports, les stères de bois et les arbres morts laissés sur place servent de refuges. La mise en place d'une prairie, de bosquets et de haies bocagères peut permettre à une population d’animaux ou de végétaux spécifiques de se développer et permet la préservation de la structure des sols.

L'entretien des ENS par le biais de la gestion différenciée, appelée aussi gestion "raisonnée" ou "douce" est un mode d'entretien qui prend en compte les écosystèmes naturels. Cela entraîne des habitudes nouvelles de jardinage dans les parcs.

Un des grands objectifs, par exemple, est de valoriser la flore et surtout la faune régionales (indigènes) en préservant une biodiversité encore sur place ou disparue. Dans les actions, cela amène à lutter contre des espèces non indigènes ou exogènes (extérieures au jardin).
Par exemple, on sélectionne des châtaigniers ou chênes, au détriment d'espèces comme le laurier du Caucase, la renouée du Japon ou le marronnier. Mais cela permet aussi de donner de la nourriture à la faune par l'intermédiaire d’arbrisseaux et d'arbres fruitiers sauvages, que sont notamment les sureaux, cornouillers, mûriers sauvages, etc.

Les populations invasives sont des populations exogènes (importées) qui ont une grande capacité à se reproduire et à se propager. Après un certains temps d'adaptation, elles nuisent à l'environnement et peuvent détruire progressivement le biotope (support biologique d'un écosystème) d'origine et ne permettent pas une bonne biocénose (colocations des êtres vivants dans un biotope) que ça soit dans le milieu végétal comme dans le milieu animal.

En effet, il faut sélectionner la végétation arrivée spontanément (par les oiseaux, le vent et l'homme) et qui est présente depuis un certain temps sur le lieu. En deux mots, il faut connaitre le "patrimoine végétal d'un lieu". À titre d'exemple, dans le sud-ouest de Paris les espèces sont le frêne, l'aulne, le saule et le sureau. L'apparition de ces espèces invasives est souvent liée au changement climatique ou à certaines pollutions.

Ci-dessous, des documents de gestion sur lesquels nous nous appuyons.

Exemple d'un diagnostic

Sur le terrain, les interventions "traumatisantes" sont réduites. Il n'y a quasiment plus de traitements : ni insecticides, ni herbicides, sauf exceptions majeures.

Chandelle massive bien placée

Quelques approches

Laisser la matière organique et le bois mort sur place sauf si le volume des "chablis" (arbres déracinés) est gênant pour la levée de certains semis. On peut, dans certains cas, laisser des "chandelles" ou "chronoxyles" (du grec chrono, temps et xyle, bois) qui sont soit morts soit dépérissant, à partir du houppier (la cime) qui est tombé par accident météorologique ou supprimé mécaniquement. Ils marquent le temps et permettent surtout la visite d’hôtes à forte valeur patrimoniale. Ceux-ci sont souvent en voie de disparition dans un cadre urbain ou péri-urbain. Il s'agit des chauves-souris comme la Noctule commune, des  oiseaux cavernicoles comme le pic-vert et pic-noir, champignons (Faux Amadouvier, Pleurotte), lichens, insectes xylophages (Cerf-volant dit aussi Lucane, Longicornes, Scolytes) en arrivant en bas de la chandelle, la souche se creuse de tous coté et c'est toute une faune qui sera protégé comme la martre, le mulot, le crapaud, l'Orvet, le gastéropode, l'araignée et la salamandre.

Retrouvez quelques chandelles, mais aussi des tas de bois, des nichoirs qui assurent gite pour des auxiliaires de 3e ordre, qui au-delà de l'efficacité des larves de coccinelles sur les pucerons ou l'aide que puissent apporter certains acariens contre l'araignée rouge; le syrphe et ses larves qui se nourrissent des pucerons. Toutefois, on sait moins le solide appétit de certains oiseaux pour certains insectes, comme la mésange pour les chenilles, en particulier sur la pyrale du buis qui sévit actuellement, l'appétence des chauves-souris pour les moustiques et le goût des faucons pour les indésirables pigeons de nos villes, ces mêmes faucons qu'on retrouve faisant leur nid sur certains buildings de villes américaines. Certaines espèces d'arbrisseaux rudérales ouvrent progressivement la porte aux arbres et à la forêt; c'est exactement la même logique pour les insectes quand ils retrouvent un plus grand espace vital, ils ouvrent de facto la porte à de plus gros prédateurs. Il faudra vraiment y penser, du fait que les oiseaux commencent à devenir une priorité pour aider les auxiliaires de 1er et 2nd ordre, quand les produits phytosanitaires seront totalement interdits en 2022.

Sur certaines zones, les tontes régulières sont remplacées par un fauchage annuel et tardif (en octobre), les produits de la fauche sont laissés au sol pendant plusieurs jours. Par la suite, ces résidus de fauche sont mis en meule à un emplacement non gênant (en périphérie des prairies). Il est bien de la laisser durant la période de vie ralentie (hiver), c'est plaisant esthétiquement, tout en donnant un point focal au paysage et cela reste un bon refuge hivernal pour les hérissons, reptiles et insectes et donne une zone de chasse pour certains oiseaux de type faucon et gerfaut.

Meule

Schéma de la mise en place d'une meule

On favorise les insectes, qui se reproduisent en été et forment un maillage important de la chaîne alimentaire dans le recyclage et dans l’évolution d'un espace. Des zones d'orties ou de friches à épilobes (prêles, equisetums) sont conservées. Ces milieux sont quasi inexistants en zone urbaine. On revalorise également les lisières et bordures : en gardant des arbustes indigènes comme les aubépines et les troènes, on laisse bien sûr des plantes grimpantes  pour masquer les clôtures.

Concernant les interventions, il est mieux d'agir durant la fin de l'été, l'automne et l'hiver (en dehors des périodes de nidification).

Pour récapituler, les objectifs de la gestion différenciée restent de préserver le biotope dans une agglomération urbaine à différents niveaux : les zones de refuges pour la faune (nidification, réserves de nourritures), les "milieux prairials", les formations arbustives indigènes, les tapis herbacées et les sous-étages de boisement et à terme, dans certaines parties propices, la régénération naturelle du couvert forestier.

Les ruches

Un abri pour accueillir des colonies d'abeilles (du latin Apis qui signifie "mouche à miel"). Les colonies d'abeilles peuvent se nicher dans n’importe quel support et non pas spécialement besoin de l'homme, à part quand celui-ci à besoin de récolter le miel.

Nectar des fleurs => transformer en miel. Une abeille transportent le pollen sur son corps et pollinisent par la même occasion la flore locale. De facto, importante à disposer dans tous jardins, parcs, espace permacole, de plus de 1000m2.

Une colonie d'abeilles est composée d'une seule reine, d'environ 50 000 ouvrières et de centaine de faux-bourdon. Voici, la distinction à faire :

Une reine : Elle sort de la ruche que pour l'accouplement, elle peut pondre jusqu'à 2000 œufs par jour, soit un œuf toutes les 45 secs. Une reine vit 5 ans.

Les ouvrières : Comme la reine, elles proviennent du même ovule; cependant, une ouvrière c'est une larve qui est nourrie par un peu de gelée royale, de pollen et de miel quant à une reine c'est exclusivement une nourriture à base de gelée royale. Une ouvrière vit 8 mois.

Une ouvrière du 1er au 21e jour de sa conception, est comme en apprentissage dans la ruche, touchant différents métiers, avant d'être butineuse. Tout d'abord, elle est nettoyeuse et s'occupe du couvain en produisant de la gelée royale. Après, le 14e jour, elle est cirière en produisant de la cire et façonnent les alvéoles; en même temps, elle est magasinière en rangent le miel et le pollen et gardienne de la ruche et c'est à partir et exclusivement du 21e jour et jusqu'à la fin de sa vie, qu'elle devient butineuse en allant chercher le miel et le pollen sur les fleurs.

Le faux-bourdon, ce sont les mâles qui s'accouplent avec la reine pendant les vols nuptiaux. Cependant, ils ne peuvent se nourrir seuls et vivent à la charge de la colonie. Au point que dès que la reine a fécondé, ils deviennent des bouches inutiles à nourrir et sont donc chasser et tuer par les ouvrières. Ils ne possèdent pas de dard et ne peuvent piquer.

Les points communs et les différences, entre une guêpe et une abeille. Au-delà de l'aspect, les deux vivent en colonies. Le nid d'une guêpe est fait avec une sorte de pâte à papier, alors que celui de l'abeille (hors ruche) avec de la cire, c'est autrement plus classe. La guêpe est carnassière et ne fait pas de réserve, mais elle est assez utile dans un jardin du fait qu'elle peut manger quelques herbivores gloutons, en particulier certaines chenilles.

Effectivement, il est connu que les guêpes sont au final, moins bien organisées que les abeilles, par exemple en hiver toutes les guêpes meurent de froid; alors que les abeilles dans les périodes de froid s'amassent en grappe dans la ruche pour se tenir au chaud et restent totalement inactives jusqu'au printemps, en consommant leur stock de miel.

Plantes invasives ou vagabondes

Les "espèces invasives" sont reconnues selon la densité de reproduction dans un milieu particulier, d'autant plus qu'elles s'acclimatent à un sol pauvre. En voici quelques exemples :

  • Ailanthus altissima (ailanthe)
  • Robinia pseudoacacia (robinier)
  • Prunus Laurocerasus (laurier du Caucase)
  • Fallopia japonica ou Reynoutria japonica (renouée du Japon)
  • Buddleia davidii (arbre aux papillons)
  • Phytolacca Americana (Raisin d'Amérique)

Attention, cette liste est spécifique au biotope de l'Île-de-France. En Ardèche, le robinier est indigène et n'est en rien invasif. Par conséquent, on parle "d’espèces invasives" dès qu'il y a une menace pour la diversité d'un milieu naturel local en 4 étapes :

  1. Espèces exotiques introduites
  2. Population acclimatée
  3. Population naturalisée
  4. Population impactante et envahissante, pouvant modifier le biotope.

Dans notre végétation tempérée, certaines espèces invasives sont incontournables et méritent qu'on s'y attarde, dans leurs spécificités atypiques et historiques.

Le Raisin d’Amérique, Phytolacca Americana. Cette plante est originaire d’Amérique du Nord, ressemblant fortement à la Renoué du Japon avec les fruits et surtout plus dangereuse pour l'homme, les animaux et les "plantes indigènes". Du même alibi, que la Renoué du Japon mais dans un milieu forestier, elle détruit la microfaune et flore du sol: elle réduit à néant les champignons et les ronces, bref tout le "manteau forestier" ! En fait, plus rien ne vit à coté, excepté quelques insectes. Ainsi, des chantiers d'arrachages sont organisés dans le 77, dans la forêt de Fontainebleau, où elle semble bien installée.

Phytolacca Americana, Alerte !

Buddleia sur mur (alimenté surtout par la gouttière : eau et humus divers)

Le Buddleia de David (Buddleia davidii) ramené et acclimaté en France par l'abbé Armand David au XIXe, durant cette période teinté "d’orientalisme" : on voulait faire connaitre à l'Europe les merveilles de l'Asie orientale. C'est la plante "rudérale" (milieu de décombres, friches urbaines, terrain nu qui n'est pas constitué d'humus ou d'un sol au sens pédologique) par excellence.

L'Arbre aux Papillons, comme le précise Gilles Clément dans son ouvrage Éloge des vagabondes, peut croître dans une fissure d'un bâti à dix mètres de haut, sans autre nourriture que l'eau du ciel, les poussières organiques de la ville. C'est aussi une des rares plantes ligneuses à coloniser un terrain nu, avant des jeunes pouces "d’érables sycomores" et d'ailantes. Cette plante apprécie la pollution au point qu'elle en devient "bio-indicatrice" des atmosphères irrespirables (il en pousse beaucoup, quand le milieu est pollué). Elle a une courte durée de vie comme l'ailante de 35 à 40 années de vie (on parle aussi de plantes "pionnières"). L'Arbre aux papillons fut surtout remarqué en Europe, du fait qu'il a rapidement envahi les zones perturbées bombardées pendant et juste après la seconde Guerre mondiale. Il peut devenir quand même gênant vis-à-vis de la flore indigène dans certains cas.

Arbres aux Papillons sur la Petite Ceinture parisienne

Arbres aux Papillons (à gauche, fleurs violettes) sur la Petite Ceinture parisienne

La renouée du Japon (Fallopia japonica ou Reynoutria japonica), dite aussi en langage courant "herbe à genoux" (évoquant les nœuds sur la tige) préfère l'humidité, les fossés sur les voies routières et le long des rivières. Elle peut atteindre trois mètres de haut, cette herbe géante munie de puissantes racines qui lui permettent, en dépit de sa grande fragilité au froid, de toujours repartir de façon très vigoureuse le printemps suivant. Elle fut introduite en 1829 par un médecin officier de la Compagnie des Indes qui en récolta au Japon, et l'acclimata en Angleterre quelques années plus tard. À peine cinquante années plus tard, elle fut déjà déclaré nuisible, envahissante, "odieuse et haïssable". À Lyon, on la voit comme une "peste végétale" à éradiquer par tous les moyens, comme le précise Gilles Clément. Elle est surtout décriée du fait qu'elle ne fait objet d'aucune exploitation, contrairement à d'autres renouée (rhubarbes et sarrasins), elle sert tout juste de fourrage pour l’élevage des tortues. En tout état de cause, elle arrive à maintenir les berges, les talus et les buttes et ne croît qu'en présence de soleil même si elle supporte la mi-ombre. Ses tiges semi-ligneuses et sa frondaison couleur "automne flamboyant" lui donnent un aspect ornemental sans égal.

Jeunes pouces de Renoué, déjà à l'assaut

Renoué du Japon affectionnant tous les lieux de passage, ici, les quais de train.

Méthodes d'intervention 

Certaines méthodes d'intervention, sans recourir aux chimiques sont bien mieux adaptés.

Pour le Robinier, on préconise un écorçage de la pousse principale en pleine période de végétation et la coupe des rejets (2 à 3 fois par an). L’arbre commence à dépérir entre la première année et la deuxième année.

Le Laurier du Caucase peut vite envahir un site par le "marcottage" (reproduction des rameaux devenant racine au contact de la terre). Ainsi, trois interventions par an et l'arrachage systématique des rejets permettent une bonne maitrise du sujet.

La Renouée du Japon est peut-être la plante la plus invasive en France actuellement, notamment sur les bords des routes. À partir d'un pied, elle peut coloniser de très grandes étendues au sol et au niveau aérien. Elle est dotée d’une forte capacité d’adaptation, y compris sur les sols pauvres. Si elle arrive chez vous, dépêchez-vous d'agir en coupant et arrachant tous les 15 jours : en évacuant systématiquement, on peut brûler (mais surtout ne pas laisser de résidus). La meilleure méthode est la pose d'une bâche biodégradable avec une plantation d'arbustes à croissance vigoureuse et non-exigeants sur la nature du sol qui permet une concurrence immédiate et durable. Exemple : Acer Negundo (érable negundo), Acer campestris (érable champêtre), Crataegus monogyna (aubépine monogyne), Coryllus avellana (noisetier), prunelier, groseillier et merisier.

Pour aller plus loin, une position originale qui est à étudier sur la question de la menace des équilibres écologiques,  avec le livre de Jacques Tassin : La Grande Invasion. Qui a peur des espèces invasives ?, pose la question de l'inflation démographique. Pour lui, en tant qu’écologue, ces espèces sont moins menaçantes qu'il n'y parait pour l'environnement. Car ces expansions s’inscrivent simplement  dans la perpétuelle recomposition des milieux naturels. L'impact nocif d'extinctions notables aux espèces indigènes est uniquement concentré sur des territoires insulaires. Par conséquent, on peut penser que ce sont les activités humaines, par la mondialisation des échanges (notamment par la quête de l'exotisme des espèces à certaines époques, XIXe et années 1970) et les changements environnementaux provoqués, qui sont à l'origine de leur prolifération.

Dans ce débat, consulter également les mesures de l'Union Européenne sur le sujet des "Espèces exotiques envahissantes" : vers un plan de lutte européen.

Enfin, selon l’exigence du client, une telle gestion s'adapte selon la venue d'un public ou non.

Une autre partie sur les espèces invasives au niveau herbivores et prédateur "animal" est développé sur la page "De la lutte biologique à la lutte intégrée".


Sources : Conseil général des Hauts-de-Seine et Gilles Clément, Éloge des vagabondes, Nil éditions, 2002.

Le ver plat Platydemus manokwati, grand amateur d’escargots et de vers de terre a débarqué en Normandie, courant 2013.

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