Lutte contre les espèces invasives

Au-delà des espèces végétales invasives que nous avons développées dans la « page gestion différenciée », nous allons décrire la place actuelle de ces populations invasives reconnues comme consommateurs du 3e ordre (revoir le tableau des prédateurs sur la page "De la lutte biologique à la lutte intégrée") ou tertiaire et qui rentrent dans la mise en place d’une lutte intégrée. Ces populations invasives « exogènes » ont une grande capacité à se reproduire et à se propager. Elles ne sont pas forcément dangereuses au premier abord pour l’homme, à part quelques allergies, mais davantage nuisibles pour les populations animales et végétales « indigènes » des parcs et jardins. Les « réseaux trophiques » (chaîne alimentaire) sont alors affectés. En effet, ces populations invasives provoquent une rude concurrence dans la mise à disposition des ressources nourricières des espèces déjà présentes. Elles causent surtout des déséquilibres écologiques globaux. Certaines de ces espèces ont été ramenées par l’homme (phénomène amplifié par les échanges de la mondialisation) et s’adaptent bien au changement de climat. Par exemple, selon certaines études, le cèdre du Liban poussera aisément dans le nord de l’Europe d’ici quelques années.

A titre d'exemple dans les plus connus :

La pyrale du buis

On a assisté, ces dernières années, à une succession d'automnes et d'hivers très doux et on se rend compte qu'ils sont plus préjudiciables pour les jardins que des hivers trop rigoureux. Les herbivores de 1er ordre sont particulièrement présents au moment du printemps et les papillons de la pyrale du buis volent encore en Île-de-France. En cette année 2014, la pyrale a envahit toute la France.

Cet année surtout dans les grandes villes française, on voit depuis 4 ans (1 ans et demi en Île-de-France) l'apparition de la "Pyrale du buis" dit Cydalima ou Diaphania perspectalis. Ce papillon de nuit est apparu dans la région de Wurtemberg dans le Sud-Ouest de l’Allemagne en 2007. Il est passé par la Suisse pour atteindre la France.

Le papillon est particulièrement embarrassant étant donné qu'il est globalement inféodé à un type de plante d'où les dommages considérables sur le buis, qui reste LA plante notable des parcs et jardins publics français. Des Tuileries jusqu’à des jardins plus récents avec le parc André-Citroën sont encore largement pourvus de buis commun (Buxus sempervirens) en particulier le cultivar 'suffruticosa' pour dessiner un mouvement et donner des bordures à un jardin.

Les périodes d'attaques de la chenille sont entre le début du mois d'avril jusqu'au mois d’octobre; On traite avec des moyens physique et biologique, si on fait preuve de persévérance. Quand on ne fait rien, ce sont des haies entières qui deviennent rongées jusqu’au rameaux et en un petit mois seulement, quand le "seuil de nuisibilité" est dépassé.

 Buis à bordure 'Suffruticosa'

Buis à bordure 'Suffruticosa'

Pyrale du buis (adulte) à l'action

Pyrale du buis (adulte) à l'action

Présence de pyrale avec tous les indices : tache noire et partie dénudée en compagnie de toiles de fil de soie et de boulettes d'excréments verte-brune

Présence de pyrale avec tous les indices : tache noire et partie dénudée en compagnie de toiles de fil de soie et de boulettes d'excréments verte-brune

Pyrale du Buis de quelques jours

L’inspection doit être méticuleuse, on regarde les trois cotés : au centre et sur les deux cotés. On peut les enlever à la main selon le temps et frictionner les buis avec un manche en bois (si petit nombre). Après les avoir prélevé on les évacue ou on les incinère. On ne doit laisser aucune trace, dans la mesure où elles peuvent par inadvertance finir dans le compost et continuer leur propagation. Il faut contrôler en permanence ces buis, si possible toutes les semaines.

 La solution est de traiter en lutte biologique (auxiliaire) par le BT ® Bacillus thuringiensis (revoir le Tableau de lutte biologique contre les chenilles sur cette page). C'est un micro-organisme vivant qui agit sur le ravageur par ingestion, provoquant l'étouffement. Autre technique en lutte biologique (insecticides et acaricides alternatifs), le Spruzit ® (mélange d'huile de colza et de pyrèthre naturels) qui comme le BT ® paralyse les chenilles par ingestion. Les deux produits se pulvérisent (classés N). Le dernier est moins corrosif pour la peau et les yeux. Il faut plutôt pulvériser le soir pour éviter les embruns et si possible traiter en journée pour ne pas nuire aux abeilles si leur présence est relevée et attestée dans le jardin. Je ne conseille pas la lutte chimique même si le "seuil de nuisibilité" est atteint, en raison de la polyvalence d'action des produits qui donne un résultat dérisoire. Cependant, certains, comme le Decis J ® sont assez efficaces en dernier recours, quand les chenilles sont adultes et qu'elles ont déja installé depuis trois semaine sur les Buis.

Avant chaque traitement, il faut bien frictionner les buis avec un manche, pour enlever les feuilles mortes, tous les fils de soies et les déjections des chenilles.

Ci-dessous, une vidéo technique de M.Christian Marchand au début de l'attaque en 2012 dans l'est de la France. Malgré l'état du buis, celui-ci à de grande chance de repartir.

 

 

Les buis reprennent toujours après la vague d'agression, quand ceux-ci ne sont pas touchés par un "écorçage" sévère sur les rameaux secondaires. En d'autres terme, le buis peut résister à une vague ou deux de chenilles, mais rarement à la troisième.

En conséquence, pour lutter contre ce ravageur, il faut surtout comprendre le cycle de vie ou de métamorphose des lépidoptères.Il y a 3 génération de mars à octobre, selon ce rythme (approximatif) : Mars-mai; Mai-juillet; Aout-octobre. Le cycle de la Pyrale est de 38 à 57 jours, et commence à apparaitre à partir de 10°C.

- 10 jours (vol de mai à septembre). Au moment de l'accouplement, les papillons de nuit (donc la pyrale) sont plus efficaces dans l’émissions des phéromones. Ils peuvent voler sur plusieurs kilomètres et le déploiement continue avec la ponte des œufs. La femelle détecte et continue à faire des kilomètres pour s'inféoder au buis. Elle dépose ses œufs sur la face inférieure des feuilles. C'est principalement à ce moment-là que la pyrale se développe plus rapidement que d'autres papillons (surtout ceux de jour).

Le papillon de nuit, mâle.

Les œufs de la femelle, reste sur les feuilles entre 3 et 5 jours et les points noirs : têtes de larves sur le point d'éclore.

Piege

Piège à phéromones

- 20 - 25 jours (5-7 stades, de mai à novembre). Le stade chenille : croissance et voracité sur toutes les feuilles jusqu’à défoliation.

- 10 jours (de mars à septembre). La chenille se métamorphose en chrysalide.

Pour plus de renseignements sur l’évolution de cette chenille et pour commander des produits spécialisés, aller voir le site de Christian Marchand, spécialiste de la lutte contre cette chenille et qui suit son évolution depuis septembre 2012. Celui-ci, propose depuis peu des pièges à phéromones pour la capture des papillons. Le but est donc de limiter le développement des populations d’adultes mâles (accouplements) de la 2ème et 3ème génération, pour éviter l'arrivée de la 1ère génération, dès le printemps de l'année suivante. Ces capsules diffusent l'odeur des phéromones sexuelles spécifiques qui attirent les papillons mâles, dans des pièges pourvu d'un entonnoir où les papillons se noient.

Enfin, voici une liste d'espèces de plantes substitut, qui peuvent éventuellement remplacer les buis trop attaqués, dans le cas où il n'y a pas "d'obligation historique" de conserver du buis traditionnel dans les parcs en question.

- L'Ilex Crenata 'convexa' est le plus représentatif et le plus approprié, selon moi, pour les haies basses à moyennes, jusqu’à 1m50 de haut.

Ilex crenata 'Convexa'

Ilex crenata 'Convexa'

 Lonicera nitida Maigrün

Lonicera nitida Maigrün

- Le Lonicera nitida est le plus adéquat pour les buis isolés de taille moyenne à grande. Le Lonicera nitida Maigrün sera mieux pour les bordures et haies basses jusqu'à 1m de haut. Le feuillage est vert clair lumineux. Croissance plus rapide, par rapport à l'Ilex crenata, et plus rustique au niveau de l'arrosage au moment de l'implantation.

- L'Osmantus Burkwoodii, est adapté pour remplacer les buis isolés à grand développement. Il a un feuillage vert foncé, une floraison blanche bien fournie par rapport aux précédents et il est odorant.

Note : actuellement, nous sommes confrontés à cette pyrale du buis sur le site de la congrégation Saint-Charles dans le 15e sur Paris.

Osmanthus Burkwoodii

Osmanthus Burkwoodii

On en parle dans la presse, article du Parisien (septembre 2014) :

Pyrale-de-buis_presse

Entretien avec Christian Marchand

En mars 2013 et encore en septembre 2014, le journal le parisien titrait que la Pyrale du Buis était si vorace qu'elle menaçait le patrimoine des jardins français, cela fait quatre ans qu'elle est sur le territoire, en tant que spécialiste quel constat tirez vous ? est-elle bien maitrisé ?
 
Beaucoup de propriétaires ont pris conscience des dégâts et suivent scrupuleusement mes conseils. La chenille de la Pyrale du Buis n’est pas totalement maitrisée mais c’est en bonne voie. Si le mal est pris à temps il y a tout espoir d’éradication.  
 
Les méthodes à base de piège à phéromone et de produits naturels à base de spruzit et BT sont-ils plus concluant par rapport au autres produits chimiques ?
 
Il faut prendre conscience que les produits chimiques sont à proscrire car l’avenir de nos enfants dépend des erreurs du passé et de certaines pratiques actuelles. L’environnement est de plus en plus menacé donc restons dans la légalité en appliquant les produits phytosanitaires autorisés. BT ou BTK : L’emploi de Bacillus est à utiliser avec beaucoup de précautions tant pour l’applicateur que pour l’environnement. Lire avec beaucoup d’attention le mode d’emploi. Il faut pas pénétrer dans la parcelle avant 24 heures après application. De plus le produit est classé  XI : IRRITANT c’est à dire Irritant pour les yeux et pour la peau donc un équipement complet est nécessaire (combinaison avec capuchon, gants, masque pour la protection des yeux ainsi que respiratoire etc.). Il a d’autres phases de risques : Les rayons du soleil sont à proscrire. Après une pluie de plus de 20 minutes les bacilles n’étant pas mobiles sont au sol et perdent leur efficacité. Au stade de 3/5 les chenilles se préparent pour faire leur chrysalide, elles ne s’alimentent plus, donc le Bacillus (BT ou BTK) perd son efficace. En résumé il est plus prudent d’utiliser le « Spruzit EC » de classification « N » sans subir les contraintes citées ci-dessus et avec un très bon résultat.
 
 
Actuellement, les buis ont il une chance de survivre ? Ou faut il commencer à sérieusement prévoir les plantes de substitut que sont les Ilex crenata, Loincera nitida, etc. ?
 
Oui, les buis ont une chance de survie, si le mal est pris à temps. Dans le cas de perte complète de vos Buis, on peut prévoir des plantes de substitution telles que, les Ilex crénata, Lonicera nitida, taxus plicata etc. Il y a des contraintes de taille, car le résultat n’est pas  le même. Rien ne peux remplacer le Buis.
 
 
 
Avez-vous un dernier conseil ?
 
Consulter régulièrement mon site www.lapyraledubuis.com
 

Chenille processionnaire (Thaumotopea processionea)

Cette espèce, qu’on trouvait essentiellement dans le sud de la France et dans une bonne partie des pays méditerranéens, commence à prendre ses aises dans le nord de l’Europe. Elle est particulièrement nuisible pour les végétaux et les hommes parce qu’urticante et peut provoquer de lourdes allergies. La lutte physique, qui est efficace, consiste à intervenir rapidement en brûlant les nids au chalumeau puis en évacuant les branches infectées. La lutte biologique est de pulvériser du bacillus thuringiensis kurstaki.

Chenille processionnaire

Chenille processionnaire

Perruche à collier assise sur un frêne

Perruche à collier assise sur un frêne

Perruche à collier (Psittacula krameri)

Elle s’adapte bien en Île-de-France et s’accommode parfaitement aux parcs et jardins locaux. Elle a été introduite par l’homme, sa reproduction est modérée. Elle est surtout dite « nuisible » pour les autres oiseaux du fait qu’elle se nourrit allégrement des graines et des fruits de ceux-ci, elle se réfugie surtout dans les grands arbres (platane, érable, etc.). Pour l’instant, aucune étude et lutte déterminées n’a été conclue du fait que son impact sur la faune et la flore indigène est encore mal connu et n’a pas été clairement délimité. Pas de recensement précis à ce jour.

Écrevisse à patte grêle (Astacus leptodactylus)

Elle est détectée potentiellement dans tous les courants d’eaux douces et dans les grandes pièces d’eau des parcs. Elle a été introduite au début du XXe siècle, pour retrouver une ressource alimentaire qui était très consommée à l’époque au même titre que l'absinthe. La lutte physique se procède par pose de nasse.

Tortue de Floride

Tortue de Floride

Tortue de Floride (Trachemys scripta elegans)

En Île-de-France, la « tortue de Floride » n’a pas d’impact direct avec d’autres tortues. Elle est plutôt présente dans le sud de la France et entre en compétition directe pour la nourriture avec une tortue « indigène », la cistude Emys orbicularis, dite aussi tortue des marais. Le régime alimentaire de la tortue de Floride est composé de plantes et de petits animaux (insectes, invertébrés, têtards, poissons, voire même canetons) elle est d’ailleurs bien plus vorace que sa cousine locale et capable d’affecter de nombreuses populations : communautés animales et végétales. Elle peut aussi créer de nouvelles niches écologiques, ainsi l’étude de cette espèce est complexe. L’impact sur la faune de la région est en cours d’étude.
Si vous vous désirez plus de renseignements, aller voir sur le site du département de l'Essonne.

Écureuil de Corée (Tamias sibiricus)

Le tamias de Sibérie a la même histoire que la perruche à collier vue ci-dessus, il a été importé par l’homme et abandonné ensuite dans les parcs, où il réussit à se reproduire et donc à agrandir son territoire d’année en année. Il occupe les nichoirs des oiseaux pour entasser ses graines. Néanmoins, il n’y a pas de concurrence directe avec l’écureuil roux indigène qui n’est donc pas en danger direct. Pour l’homme, il peut être dangereux parce que l'écureuil est infesté de tiques et que son territoire est souvent dans les parcs fortement fréquentés (les chiens et les enfants sont les premiers menacés).

Écureuil de Corée

Écureuil de Corée

Ver Plat

Le "marron plate"

Ver plathelminthe terrestre, dit «marron plate»

C'est un ver redoutable et dangereux, on ne sait d’où il vient et ou il va, quel est son but ?

Il est très curieux et très embêtant mais aussi très vif dans ses mouvements. Il s'attaque à la faune du sol, c'est à dire qu'il mange les verres de terres tant utile à l'activité du sol et à la fabrication d'humus et donc du compost. Il est ainsi agronomiquement nuisible. L'impact réel n'est pas connus mais on sait que la population de verres de terres chutent, ainsi il reste vraiment à déterminer, la densité et son action au m2.

Les moyens de luttes sont très artisanaux pour le moment, il faut les mettre en quarantaine dans des grands bocaux ou des aquariums, en brulant ou noyant.

Aussi si vous trouvez un Ver plat, il faut aider le muséum national d'histoire naturelle, la suite est ici.

 

 


Sources et crédits images : revues SNHF ; Conseil général du 92 ; Forêt Virtuelle: http://foretvirtuelle.com ; picodrome.blogspot.fr ; passeurdesciences.blog.lemonde.fr ; photos Jean-Pierre Moussus ; ChampYves.fr; ww.lefigaro.fr/jardin

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